6 décembre 2006

17e anniversaire de la tuerie de Polythechnique

Aujourd'hui, c'est le 17e anniversaire de la tuerie de la Polytechnique. Quelques semaines après la fusillade de Dawson, je souhaite revenir sur le sujet de Poly.

Le 6 décembre 1989; je m'en souviendrai toujours.

Primo, j'étais à L'Après-Cours, le bar de l'UQAM quand Marc Lépine est entré à la Polytechnique. Évidemment, RDI et LCN n'existant pas, le DJ met la radio à CJMS et on écoute le déroulement de l'opération policière.

En se disant (erronément) que ç'aurait pu être nous.

Ce n'est que le lendemain que l'on a appris que toutes les victimes de Lépine étaient des jeunes femmes et que sa haine des femmes était ce qui motivait son geste. Ce n'aurait pas pu être moi, mais ça aurait pu être mes collègues féminines, mes amies.

Ensuite, dans les jours suivants, deux choses se sont produites.

Premièrement, je me suis demandé, comme plusieurs de mes amis masculins, qu'est-ce que j'aurais fait? Aurais-je réagi? (Autrement qu'en me jetant sous une table.)

Deuxièmement, il y a eu une sorte de climat accusatoire de tous les jeunes hommes. Nous étions tous, soit des Marc Lépine, soit des pleutres.

Secundo, j'ai eu l'honneur d'être le responsable des communications pour la commémoration du 10ème anniversaire de la tuerie de Polytechnique. C'est feue Thérèse Daviau (que j'avais connue en politique municipale) qui m'avait recommandé. Elle avait perdu sa fille Geneviève dans cette tuerie. Je lui serai toujours reconnaissant de son geste. Le fait que j'aie été un homme n'a pas penché dans sa balance.

J'ai eu l'occasion de voir de proche comment les amis et les familles des quatorze victimes vivaient cet anniversaire. Comment ils et elles (elles surtout) avaient travaillé fort au cours des dix années précédentes pour surmonter leur deuil et pour faire en sorte que leurs filles (blondes, soeurs, etc.) ne soient pas oubliées.

Elles s'appelaient Geneviève Bergeron, Hélène Colgan, Nathalie Croteau, Barbara Daigneault, Anne-Marie Edward, Maud Haviernick, Barbara Klucznik, Widajewicz, Maryse Laganière, Maryse Leclair, Anne-Marie Lemay, Sonia Pelletier, Michèle Richard, Annie St-Arneault et Annie Turcotte.

5 commentaires:

C. Masse a dit...

Bonjour Marc,

C'est un triste anniversaire. Ce crime odieux d'une rare violence à cette époque et selon moi, d'un impact sociétal absolu en ce qui concerne les relations hommes-femmes, est en quelque sorte un terrain miné en matière d'identification des rôles féminin et masculin ; les femmes s'identifient aux victimes (évidemment, puisqu'elles étaient toutes ciblées) et les hommes ne pouvaient que s'identifier au tueur, ou à ceux que tu qualifies de "pleutres". Devant un fou furieux armé, personne ne peut faire grand chose, et puis en 1989, toute cette violence semblait tellement irréelle...

Les véritables pleutres sont ceux qui refusent de voir en cette tuerie un geste de violence envers les femmes, la qualifiant encore de geste "isolé" d'un désespéré. Ce triste événement a marqué et continue de marquer les rapports sociaux de sexe, et il ne faut pas l'ignorer. Cela prend du courage pour s'avouer impuissant devant cette violence et la dénoncer pour ce qu'elle est, soit un geste personnel de haine envers les femmes ayant des répercussions sociales importantes, tant chez les hommes que les femmes, tous blessés les uns comme les autres dans leurs inconscients tant personnels que collectif.

Les hommes qui ont dénoncé ce geste de violence envers les femmes et continuent de le faire ne sont pas des pleutres. Ils sont des hommes dont les femmes, et la collectivité, ont grand besoin.

En ces temps de relations hommes-femmes difficiles et ou les hommes sont continuellement dépeints comme des mollusques (En tant que femme célibataire dans la mi-trentaine, je sais de quoi je parle) je refuse de croire que les hommes tombent dans la catégorie des "violents" ou des "pleutres"; pour une raison que j'ignore, même les hommes véhiculent eux-mêmes ce stéréotype masculin, c'est à croire qu'ils s'y sont habitués...

Dénoncer la violence envers les femmes est loin d'être un geste de "pleutre".La société a grandement besoin d'hommes intègres et responsables qui se lèvent en bloc pour dénoncer la haine des femmes. Je refuse de croire que les hommes sont des pleutres. Sinon, qu'adviendra-t-il de nos rapports sociaux de sexe? Méchant débat qui ne fait que poindre.

Salutations,

Anonyme a dit...
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blogue.
Anonyme a dit...

Salut,
Tres bien .J ai ecris un blog similare sur mon site.

Ciao Luigino

http://montague.typepad.com

Marc Snyder a dit...

Merci de vos commentaires.

@c.masse:
ceux que tu qualifies de "pleutres"
Je ne qualifie personne de pleutre, bien au contraire. Je dis simplement que, dans le climat de l'époque, je me suis senti attaqué: en tant qu'homme, on m'a fait sentir que j'étais soit un salaud, soit un pleutre.

Les véritables pleutres sont ceux qui refusent de voir en cette tuerie un geste de violence envers les femmes, la qualifiant encore de geste "isolé" d'un désespéré.
Oui. Et non. En fait, pour praphraser tes propos, cette tuerie était un geste de violence envers les femmes d'un désespéré. Je biffe simplement le "isolé".

les hommes sont continuellement dépeints comme des mollusques (En tant que femme célibataire dans la mi-trentaine, je sais de quoi je parle)
Des mollusques? Comme homme dans la mi-trentaine, devrais-je me sentir visé? ;-)

@Luigino
I read it. Very heartfelt. Thanks.

C. Masse a dit...

Marc,

C'est vrai que tu ne qualifies personne de pleutre dans ton billet, et je comprends que pour un gars à cette époque, entre le choix d'incarner un tueur ou un pleutre, je choisirais moi aussi l'option du pleutre, même si elle s'avère fausse...personne n'a pu jouer le rôle du héros dans cette histoire, car 14 femmes sont mortes. C'est pourquoi cet événement tragique est non seulement un drame humain, mais aussi un drame social. Personne ne veut incarner l'un ou l'autre des rôles (tueur ou victime), et ça nous fait mal jusqu'en dedans de nos identités sexuelles et collectives.... Je comprends très bien par contre comment un homme a pu se sentir socialement attaqué (dans son identité sexuelle)au lendemain d'un tel drame, car TOUTES les femmes étaient visées par cet attentat (selon ML) donc si l'on suit cette logique, si toutes les femmes étaient visées (puisque les victimes n'étaient pas visées personellement mais bien collectivement, en raison de leur sexe) alors la même logique s'applique de l'autre côté, aussi illogique que cela semble être au premier abord, ce n'est pas un seul homme qui a tué ces femmes en son nom personnel, mais bien un homme qui a tué des femmes par vengeance. Symboliquement, avec le recul, ce geste prend des proportions sociales démesurées en ce qui a trait aux rapports sociaux de sexe. C'est un symbole d'une grande puissance, et tout a fait destructeur à la fois pour les femmes, mais aussi pour les hommes.

J'appuie ta paraphrase de ma phrase :)

Et puis, oui, absolument, tu devrais te sentir visé, et s'il te plait, détruit cette perception, et surtout, parles-en à tes chums de gars ! :) c'est le climat social dans lequel nous baignons depuis une dizaine d'années, et il est grand temps que des hommes grands, forts, courageux, intelligents, intègres et sensibles (et ne me dis pas que ça n'existe pas, je refuse d'adhérer à ce mode de pensée, c'est trop déprimant, à la fois pour moi, mais aussi pour mon fils et ma fille) se manifestent et prennent leur place dans les sphères ou ils manquent cruellement, c'est à dire dans toutes les sphères traditionellement associées aux femmes, je pense ici aux professions dites de "caring" (enseignement aux enfants, bénévolat, soutien aux démunis, domaine de la santé, ainés, ect...)

Alors, oui, sens toi visé, et insurges-toi! Fais mentir cette perception sociale que les hommes sont tous des salauds...Les femmes hétérosexuelles et les petits garcons qui grandissent ont un tel besoin d'avoir des hommes à "admirer" et qui font des gestes ayant des répercussions sociales positives... Positive male role models....Where are you all??? :)

Et quand je dis "les hommes sont continuellement dépeints comme des mollusques", je meurs d'envie d'avoir tort. Je veux aimer les hommes, je n'ai pas du tout envie de vivre dans une société constituée d'hommes qui sont soit des Marcs Lépines, des pleutres, ou des fathers-out-for revenge!!!! (oui, jeu de mots ici...) !!! J'aime mon fils, Je veux qu'il s'aime aussi en grandissant,et qu'il puisse compter sur des hommes qui marqueront positivement sa vie, et pas seulement son père. Alors voilà! Désolé pour la longueur de ce commentaire, je crois que ca touche une corde sensible...

Amicalement,
C. Masse